Fulgurance

Le chantant, le fulgurant et le structurant

J’ai envie de dire, car au fond même quand on parle de manière argumentée il y a toujours une pulsion qui nous motive à s’exprimer, j’ai envie de dire qu’il y a une multitude de façon d’écrire. Je vous en soumets trois qui me paraissent indispensables à apercevoir lorsqu’on aime les produits de nos sociétés et cultures.

Le langage est beaucoup plus riche et complexe, le découpage qui va suivre sera donc faux car partiel (subjectif et incomplet). Je ne suis pas créateur de vrai, le vrai se dévoile, je suis un joueur de sens !


Je force les choses, je suis structurant.
Je suis une des forces, je suis fulgurant.
Les choses me forcent, je suis chantant.

Le structurant se trouve de manière générale dans les récits, les essais, les exercices littéraires, les discours, les articles. Le structurant est de nature conventionnelle.
Le fulgurant est la pensée. Il se trouve généralement dans les idées, les aphorismes, la logique personnelle, les figures de style, l’écriture automatique, les rêves. Sa forme relève d’une formulation et représentations poétiques (poétique au sens général, cela ne se restreint pas au genre littéraire poétique et esthétique, la poétique du fulgurant est plus grande que ces notions-cadres car le fulgurant est d’abord expression avant que d’être caractère, le fulgurant est cérébral avec la singularité du penseur et de ses pensées).
Le chantant se trouve de manière générale dans la poésie, les romans, discours, théâtre ou autre texte oralisé. La chantant manigance cognitivement (imaginaire lié à la sensation-représentation).

Une oeuvre formulée recoupe très souvent de ces trois formes de formulations.
Un rappeur peut  la fois chanter des textes racontant un vécu ou une fiction (structurant), à la fois y proposer un fond avec des idées via des punchlines (fulgurant) et trouver un rythme, des rimes et des images qui parlent à son public (chantant). Quelques rappeurs sont des génies.

Ce que l’on entend le plus souvent dans une oeuvre audible où il y a une part d’écriture, c’est d’abord le chantant mais ce qu’on écoute c’est toujours le structurant et ce qui fait écho c’est le fulgurant.

Le structurant est ce qui permet de créer du sens, le chantant est ce qui permet de s’approprier le sens, le fulgurant est ce qui permet d’imprimer le sens.

Le XXI est le siècle de la fulgurance car une seule chose ici règne dans les têtes qui reçoivent les productions de nos cultures, cette chose reine est la confusion. Ce propos éclairera l’envergure de la confusion :
Toujours plus proche de la connaissance-opinion, toujours plus proche de la liberté-conditionnée, toujours plus proche des solutions-noueuses. La confusion c’est l’impossibilité d’éclaircir une fois pour toute le chemin sur lequel notre espèce marche, c’est l’empilement et le foisonnement des possibles bouchés.

La fulgurance en ce siècle se manifeste car il y a de l’absurdité à créer du sens via du structurant qui ne résoudra encore une fois rien de plus. La fulgurance en ce siècle se manifeste car le chantant et ses images s’usent. La fulgurance est le point critique de la forme expressive qui veut mettre un terme, qui veut en finir avec les problèmes, elle est la force expressive personnelle, elle est la seule force d’expression personnelle : l’heure du citoyen, l’heure de cet de l’individu noyé dans la masse. Il y a dans les arts une fulgurance qui ne veut plus créer seulement pour créer ou seulement pour s’exprimer mais pour faire grandir quelque chose de plus grand que soi, mais par soi ! Aujourd’hui, la fulgurance est la voie royale des sociétés individualistes en crise. Le ras-le-bol, est quotidiennement la formulation informulable mais puissamment expressive. Non seulement, le chantant ne sera pas assez fort ou novateur pour être force de contestation mais le structurant ne sera pas assez complet pour exprimer tout ce qu’il y a de bon à faire quand tant de choses meurtrissent les terriens.

Tu veux amuser le peuple, tu veux faire échos, tu veux laisser ton empreinte, tu veux briller, tu veux vivre de ta plume, tu veux apporter de la connaissance, tu veux participer au tout, tu veux jouir de ta puissance ; tu ne produis que du chantant que du structurant ; tu n’as de postérité que dans les conventions sociales, dans ce beau exécrable, dans cette vérité fumée ! Fulgure, prends ton poids, ta rage car il en faut, et vois à quel point nos artistes, nos cultures sont retournées en elles-mêmes ! Ce qui délivre l’ami c’est de mettre en jeu ton intérêt le plus ultime. Il n’est plus l’heure de l’amusement des mots, il est le temps des forces singulières destructrices des faux-semblants !

Il y a un point d’orgue à jouer entre la révolte et la fulgurance. La révolte ce n’est pas retourner sa situation, ou se retourner contre les facteurs de cette situation, c’est un sentiment indignation qui mène à un acte qui veut se libérer des chaines. La révolte est verticale, un soulèvement, la révolution plus circulaire fait face aux problèmes. Le révolté est une continuité avec ce qu’il est, le révolutionnaire est une force de changement. Le premier s’affirme, l’autre met en place. Plus simplement, le révolté peut user de la fulgurance car sa singularité jaillit, le révolutionnaire se confronte a une situation et use du structurant et chantant pour mettre en place son changement.

Les manifestants qui ne sont plus des révoltés ne font pas culminer leur individualité propre, et jamais dans ce monde individualiste nous les entendrons. Debout, à la tribune un révolutionnaire est orateur perturbateur ou un modèle d’idéologie. Il nous faut non plus des slogans chantants mais opérants, non plus des argumentations structurantes vaporeuses mais des faits !

La chance de la fulgurance c’est qu’elle fait sentir l’authenticité, le goût du factuel est bien là. Le fulgurant est l’unique parmi la foule, il rend le discours audible car non plus sa voix dépend de la société, des on dit, sa voix sonne bien, elle sonne si bien qu’il nous a convaincu non pas par l’idée mais par la forme vivace de son expression ! Même si le fulgurant était maladroit,  il est un éclair qui s’imprime dans le ciel et tonne de gravité.

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